Toulouse I
>
Matthieu m'avait demandée en mariage. Ca ne voulait rien dire pour moi, pour lui non plus je crois. En tout cas il ne faisait rien de plus que me demander ma main via MSN sans autre signe d'engagement. Je voulais du concret, pas un mariage forcément, j'avais dit oui pour lui faire plaisir, une vie à deux, une semi vie à deux, un rapprochement géographique.
J'étais à Thonon, à m'emmerder un peu à l'unité hygiène de l'hosto, lui à lannemezan/Millau où il suivait une formation pour devenir gestionnaire réseau. Matthieu est muco, invalide à 80%.
Il est venu une ou deux fois, une fois, la première, où il a dit qu'il ne « pouvait pas » et « j'ai essayé de t'aimer, mais je ne peux pas »
Je garde ce reliquat de l'enfance puis de l'adolescence qu'aussi adorable gentille et serviable que je suis, les gens que j'aime s'en vont dans l'ether. Mais c'était la première fois qu'on me disait qu'on ne pouvait m'aimer malgré des efforts en ce sens.
Matthieu avait voulu faire un tour. J'avais juste une larme qui coulait, je me suis dit, je vais prendre mon cachet et boire un coup, mais un seul, pour faire passer le goût dégueulasse sur mon palais.
Ca tombait bien, il avait amené de l'armagnac quinze ans d'âge. Je m'en suis servi une lichette, pleurant juste de l'oeil droit et respirant profond comme j'ai appris à la Clinique.
Il était revenu me disant qu'il m'aimait, je regardait mon appart que j'avais voulu parfait avant de découvrir des mitses de vêtements partout, d'où un lavage de tout à 60° et des piles de fringues.
Puis c'était reparti.
C'est après qu'il m'a demandé ma main alors que je lui demandais si bourré, il trouvait sa bouche avec une banane. La classe, MSN.
Je ne buvais pas alors, juste accessoirement.
Matthieu était reparti avec son amour.
J'étais allée le voir aussi à lannemezan, douze heures pénibles de train de nuit. Rencontré sa mère, Anne-Marie, à qui il n'avait même pas dit qu'on était ensemble. Malaise.
Ca se tressait ainsi, la demande de mariage, mon ennui à l'unité hygiène, mon étouffement à thonon, je disais alors, avec ou sans toi j'en partirai, sinon je vais mourir.
Oui, disait il, et rien.
J'avais quand même sollicité le DU d'hygieniste. Pourquoi pas disait ma cadre, Thérèse.
Puis on a eu rdv chez le drh.
Ils ont parlé de moi comme si je n'étais pas là .
Ce poste était un placard car JBL, le psychiatre affreux, ne voulait pas de moi dans son service. Moi qui, comme l'avait dit son prédecesseur « était une des rares personnes au monde à comprendre les schizophrenes » Mais ce temps là était révolu.
Ce RDV chez les DRH. On parlait de ma montée en charge, copmme un bon fenwick, et puis Thérèse m'a enculée en direct. J'allais bien et encore au poste de secrétariat. J'allais même jusqu'à partir manger à midi ! Ils parlaient entre eux, elle voulait me garder au secrétariat et avoir une autre infirmière postulante au DU.
Au final elle n'a rien eu. Moi non plus. J'ai même été déclarée comme travailleuse handicapée, sans en avoir aucun statut.
Je suis partie très vite fumer une tige dehors et pleurer.
Et l'après midi, seule, sur mon PC et ma connexion de travail, je me suis inscrite sur les listings de l'ANPE et ai parcouru les annonces. Une a retenu mon attention « Cherchons collaboratrice pour cabinet libéral, avec solide experience en psychiatrie » et autres détails.
Le soir même, 17h, en rentrant, j'appelais, eu un long entretien téléphonique avec Pierre, le gérant et prenais rendez vous pour une rencontre à mon prochain voyage à lannemezan, via toulouse.
Derniers commentaires