Téléphone and Co
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Dad me torture parfois grâce au téléphone. Pas par ses conversations, plutôt par leur absence. Il appelle indéboulonnablement tous les soirs, fait sonner la bête trois à quatre fois d'affilées jusqu'à ce que je réponde et m'informe alors qu'il n'a rien à me dire. Parfois, il me demande si il me dérange (quand par exemple j'étais en train de dormir, manger, recevoir du monde) Je réponds alors "Ben, oui..." ce qui ne le rend pas tellement plus pressé de raccrocher.
S'il a eu ma frangine au téléphone, il peut parler dix ans quinze minutes, tandis que je mâchouille mon repas en disant "frmf, heum, ouais..." Sinon, globalement, il n'a pas grand chose à me dire.
Resituons. Dad est ou a été inquiet. Je lui ai donné du mouron à se faire, et durant un temps, si je ne répondais pas, c'était que j'étais dans le coma. (en dehors de mes moments de belle au bois dormantisme, je l'appelais moi même à 17h pile tous les soirs)
Je pense qu'il se venge, ou qu'il a acquis le topic "appeler Yog tous les soirs" comme un reflexe conditionnel. Pour experimenter la chose, je ne réponds pas au téléphone ce soir, et en quinze minutes nous en sommes au cinquieme appel, dont un message "Y'a quelqu'un???"
Si il finit par m'avoir à 21h il commentera d'un "Tu rentres seulement du boulot?"
Pour Dad, je n'ai pas de vie... Si je ne réponds pas au téléphone, c'est soit que je suis contrainte au silence par des heures sup' tardives, soit que je suis grièvement blessée et baigne dans mon sang sans possibilité d'atteindre le combiné. Que je puisse être sortie, chez une amie ou même chez ma mère, voilà qui le surprend toujours.
En direct live, je le rappelle (je ne vais pas verser bourreau moi non plus)
... C'est occupé... (peut-être essaye-t-il de me joindre sur mon portable... peut-être avait-il une information vitale à me communiquer que pour l'instant il se charge de transmettre à d'autres plus réactifs)
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Que cela se produise le soir est un vrai plus. Auparavant, il m'appelait le samedi matin vers les neuf heures pour savoir si j'étais réveillée. Même modus operandi un défilé quasi ininterrompu de dring dring jusqu'à ce que je me résigne, la tête pâteuse de lendemain de bringue, à décrocher, pour entendre le classique "Tu dormais?" Ceci fait, et puisqu'il ne pouvait s'empêcher d'insister (parfois durant une demi heure) pour entendre ma douce voix samedi-matinale (Rouair? Beuarg!!!) il concluait d'un "Bon, je te laisse dormir alors... clac"
Il faut préciser qu'il vient me voir tous les samedis, à l'époque à midi pile. (ou 10h sans y être convié, les samedis d'ennui)
Il ne laisse de messages sur le répondeur que depuis peu, très peu. Mais si ma boite vocale m'annonçait 5 messages vides, je savais que Dad avait appelé...
Dorénavant, j'ai droit à son grand classique
"Allô... Y'a quelqu'un???... Y'a personne alors... Je ne laisse jamais de message... tuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut... tuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuut..."
Pour positiver, je dirais que c'est grâce à Dad que je ne suis plus du tout complexée par la sonnerie du téléphone, que je peux laisser résonner sans broncher lorsque je suis dans mon bain, en train de lire ou sans envie particulière d'être contactée (je ne filtre pas, je ne réponds à personne) Cela m'évite de jaillir de l'eau et de la mousse, de glisser et me péter le col du fémur et d'en revenir au scenario me montrant blessée et ensanglantée, sans pouvoir saisir le combiné convoité.
Bref, alors que le reflexe telephonique conditionnel de Dad semble se renforcer avec l'âge, je suis completement dépouillée du mien (dring dring => amène => je décroche)
Nous tentons une deuxième fois de le joindre, afin d'étayer notre théorie du grand vide communicationnel père fille...
Voilà .
Je détiens plusieurs informations capitales
1/il n'a rien à dire, en fait
2/il a acheté de la gentiane (de l'eau de vie de gentiane) et si j'en veux il m'en donnera un peu
3/ma soeur vient vendredi (il m'en informe tous les soirs depuis environ dix jours) Elle a appelé, mais il était dans la voiture, il ne sait donc pas ce qu'elle avait à dire, puisqu'il n'a pas décroché à temps...
4/il m'a appelée tout à l'heure, mais je n'ai pas répondu (je dormais dis je, ce que est vrai pour les deux premiers coups de fil... enfin, j'ai essayé) Ah bon, commente-t-il.
5/ il me demande de mes nouvelles, sans se priver de sous entendre (ce n'est même plus un sous entendu à ce stade) que j'ai vraiment un boulot de tire au cul et que je ne fous pas grand chose...
6/Bisous, Ã demain...
Il etait donc particulièrement en verve ce soir. Parfois et même souvent l'échange se résume Ã
Lui : "Salut, quoi de neuf?"
Moi "Pas grand chose et toi?"
Lui: "Nous non plus. Bon, je te laisse alors, ciao"
Ami lacanien, tu auras noté au passage l'emploi du nous royal. Je nj'ai jamais très bien compris, sinon que c'est assez savoyard comme tournure. Le savoyard est plusieurs, apparemment.
Je dirai pour sa défense que, par contre, lorsque j'ai des choses à dire, il écoute patiemment, contrairement à ,Mum qui est alors pressée de raccrocher ou de la frangine, qui n'hesite pas à dire que bon, elle n'a pas que ça à foutre et que je ne vais pas lui raconter ma vie dans les détails. (je précise que cet état date d'avant son accouchement, vu que depuis, nous ne nous sommes appelée qu'une fois, c'était organisationnel et très bref)
Globalement, il sait presque ce que je fais au travail (j'ai un doute mais je dirais que oui, plus pour me rassurer que pour le mettre en valeur) Mum n'en a qu'une tres faible idée. Mum a déposé le brevet de la maladie de transparence. Si je lui parle d'un sujet pendant plusieurs semaines d'affilée (ex: l'audit d'octobre, qui me préoccupe et commence à me prendre temps et énergie) elle ne le notera pas. (elle m'a demandé samedi ce que c'était cette histoire d'audit dont je ne lui avais jamais parlé)
Ni l'un ni l'autre ne me questionnent jamais sur ma vie privée, pas par discretion je pense, je ne sais pas pourquoi. Dad se rappelle depuis deux jours du prénom de mon fiancé. Ni l'un ni l'autre ne se souviennent de ce qu'il fait dans la vie (en même temps comme ils ne savent pas non plus ce que je fais dans la vie, faudrait pas faire l'effort de s'interesser plus avant) Ils ne demandent jamais des nouvelles.
Si, samedi, Mum m'a demandé si "[je] parlais toujours avec lui" (??? Elle n'a donc pas compris que nous étions ensemble.) (j'avais mentionné à son attention des projets d'avenir à moyen et long terme, en vain apparemment)
Ni l'un ni l'autre ne m'ont questionnée sur mes vacances, ni reparlé du petit present que je leur ai ramené à chacun (Mum a oublié l'existence du paquet cadeau sitôt déposé sur son radiateur, j'avais dû le lui rappeler en partant et lui demander de l'ouvrir) Je ne sais pas s'ils ont apprécié.
Je pourrais dire pour leur décherge que leur première petite-fille (ma nièce) est née le jour où je suis rentrée; il y a de cela bientôt trois semaines...
Mes parents sont des monstres? C'est rien à côté des tiens :)
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1 commentaire à cet article.
Est-ce que des fois ce ne serait pas le lot de tous les pères que de devenir mutique avec leurs enfants dès qu'ils ont franchi la puberté? Nombreuses de mes connaissances se plaignent de l'absence du père... C'est peut-être plus flagrant encore avec les filles... Est-ce que des fois ce ne serait pas dans la culture méditerranéenne que le père est aux abonnés absents???