Prémo
Je souffre des ratiches comme j'en ai toujours souffert, d'aussi loin que je puisse me souvenir, c'est-Ã -dire d'aussi loin que j'ai eu des dents.
Ainsi j'ai eu droit à la panoplie de la parfaite petite brosseuse de quenotte, gamine, depuis le fluor à bouffer en granulés (on n'en donne plus, il parait que ça rend con), les mille brosse à dents toutes plus pas chères les unes que les autres - mais toujours medium, toujours; le fil interdentaire (le truc glamour) le bain de bouche qui rend les dents roses là où elles sont pas bien lavées, la gueule d'acier, évidemment, avec le durcissement de toutes les mesurs d'hygiène bucco dentaires, le sablier qui dure trois minutes, et le calendrier humiliant dans la salle de bain familiale avec une croix à apposer après chaque brossage, matin, midi et soir. A vrai dire, je pense m'être brossée les dents à fond, deepteeth, trois fois par jour, trois minutes plus fil interdentaire, plus bain de bouche, et enfin, le fluor, hop. Cependant, j'ai toujours eu des caries. Toujours, dès mes premières dents de lait.
Mon dentiste, un artiste boucher, chaque fois qu'il examinait ma petite gueule béante, déclarait à ma mère trémulante "Cette enfant ne se brosse pas les dents. Hain, tu te brosses pas les dents, Julie?"
Je ne pouvais rien dire, bien sûr, ayant la gueule ouverte, parfois à l'aide de l'écarteur (les enfants sont mordeurs) si bien que je me faisais sermonner, à chaque fois - et qu'au final jamais ma moman n'a checké mon pitain de brossage de dents, pourtant parfait et je restais seule dans la salle de bain, face à ma brosse et tout le bordel.
Entre le fluor et l'appareil dentaire, j'ai fait une malheureuse chute dans les escaliers de l'école, si bien que je me suis éclaté une incisive du haut. Une dent définitive, bien sûr. Première victime.
Après l'appareil dentaire, à cause de la colle sans doute, le genre de pivot avait bruni, mais je suis restée comme ça assez longtemps, pasqu"un pivot, ça coute cher", c'est sûr qu'à quatorze ans, lorsque s'épanouit la féminité, c'est chouette.
Et puis, il y avait les séances de resserage des écrous, de l'appareil. (après l'extraction de quatre molaires, en deux fois, bien sûr) J'avais très très mal à chaque fois. Cela, les adultes de ma génération l'ont mauvaise, surtout parce que nos parents, qui "n'avaient pas connu l'orthodontie pasqu'on était pauvres [et surtout que ça existait pas] alors rend toi compte de ton bonheur, comme tu vas avoir de jolies dents" ne se rendaient pas compte du supplice infligé - comme si un gosse de treize ans qui ne mange que de la purée de banane pendant cinq jours est un enfant en pleine santé - brefleu, on n'en est pas morts, non plus.
Mais les orthodontistes n'avaient pas de recul, non plus. Eux qui me prédisaient la foudre, la peste, le cholera et surtout le déchaussement des dents si je n'étais pas appareillée (ceci dit, foin des menaces, on n'avait pas le choix) se rendent compte aujourd'hui, que le port précoce de l'appareil et l'extraction de quatre à huit grosses dents, finissent par provoquer vingt ans après un écartement des dents, ouais, j'ai les dents du bonheur -_- ce à quoi je dis "esthétiquement, ça me gene pas..." Mon dentiste disant "Pas encore" où je glisse "Et au niveau santé dentaire, c'est dangereux?" "Pas encore"... En bref, mes dents sont amenées à se déchausser, ou alors il faudrait inventer un appareil qui les resserre, au niveau maxillaire supérieur ce qui n'existe "pas encore vraiment" (et qui couterait la peau duc)
A part ça, malgré des brossages longs et frénétiques, je me suis vue souffrir de mille morts dentaires, des putain de caries. Ca fait gueuler mon dentiste. Je lui dirais bien "Faut bien que vous bouffiez vous aussi , j'vous amène du boulot" mais je peux pas, j'ai toujours la gueule ouverte chez lui. Il m'a seriné pendant dix ans "Tu es carencée en vitamine D, c'est la croissance... ça se stabilisera à 25 ans" Mon cul!!! D'ailleurs, il aurait pu me supplémenter en vit D, mais non. Ce qu'il y a, c'est que c'est un mystère de la science dentistière, mes dents qui se carient "de l'interieur" (dixit Herr Professor Tortures Dentaires) donc le brossage, macache, ça agit pas.
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Vers la vingtaine, je me suis payée un nouveau pivot tout neuf tout blanc. Quelle aventure!!! Pour faire le moulage ce fut la croix et la banière: j'ai une toute tite gueule, si bien qu'il a fallut sortir le materiel pédiatrique, puis le prothésiste fut fasciné par la couleur de ma ratiche "C'est blanc, c'est très blanc, c'est transparent, jamais je n'ai vu de dents moins jaunes!!! Hey, les gars, venez voir ses dents!!!! Vous voyez, vu la couleur que nous n'avons pas dans la palette, il serait plus judicieux de remplacer toute la mâchoire, mais bon... On va tenter un truc" puis "mademoiselle vos dents ne jauniront jamais" Ouaaaaaaaaaaaaaais "Elles vont devenir grises" Heu!!! (pour l'histoire, elles sont ni grises ni jaunes)
Là , ce furent le tour des putains d'abces dentaires, enfin, gingivaux, mais situés sur les racines. Pas mal, comme coup. Selon les explications toutes scientifiques de Herr Doktor "Tu fais des kystes osseux sur les racines, d'où inflammation, d'où infection!!! Et voilà l'abces" (c'est la fête ... -_-)
Après l'opération "Regarde!!! Il est gros comme un petit pois!!!" (yuck)
Il faut dire, pour ce qui est de la douleur, j'ai un sérieux handicap, c'est à dire que j'y suis très résistante. Donc, lorsque j'ai mal, c'est qu'il y a une grosse couille, ou une grosse carie. Pour ne pas dire que meurt, vieux lâche, il est trop tard!!! Donc, sur cette "fameuse prémo" comme dit herr doktor, j'ai eu deux kystes, j'ai donc deux racines en moins, il m'en reste une, j'attends le kyste fatal.
Pour rajouter à la poésie de la vie, je souffre de bruxisme. Un mot peu connu pour un genre de "tic" qui lui l'est : je grince des dents, notamment durant mon sommeil. Probablement le stress, ou un reflexe atavique, on ne sait pas trop. Toujours est-il que j'ai réussi à me péter une dent rien qu'en grinçouillant.Pas la fameuse prémo, une autre prémo. On va dire pour ne pas faire trop gore, que la dent était branlante, pyuis qu'elle a bien bougé et qu'un jour elle m'est restée sur la langue, comme ça. J'en ai été fort surprise. J'avoue, j'ai pas encore fait mettre un pivot, parce qu'il est vrai que ça coûte la peau duc, et surtout parce qu'il y avait de gros travaux à entreprendre sur la Fameuse Prémo, qui était couronnée et me faisait souffrir le martyr. Après un bon milliard de traitements antiinflammatoires des gencives, locaux, des bains de bouches et des nurofen, Herr Doktor a fait une photo des racines. Il faisait la gueule, mais c'était rien à côté de la mienne. Bien sûr, c'était "du fromage blanc, les bases" (toujours le tact dentistier) et "comment veux tu que je soigne ça?" "Putain, vous me soignez depuis vingt ans mais en fait vous avez aucun diplôme???!!! Non, allez, je ris (jaune)"
Si bien que je l'ignore. La dent. Et le dentiste aussi, je lui fais la gueule.
A vrai dire, point de caries, désormais. Et foin des répliques du genre
"Docteur, j'ai mal LA quand je mange froid chaud sucré"
"Et bien ne mange pas froid chaud sucré, tu n'auras pas mal"
Ca c'est de l'éducation !!! Passons sur cette vieille rage de dents qui m'a fait pleurer lorsque la secrétaire m'a refusé un rdv en urgence. (et j'ai tenu deux jours sans dormir, à sucer des glaçons et de l'aspirine pure)
Il est donc tout naturel que je fus fort émue devant Marathon Man et la scène terrible de torture dentaire.
Rappelez vous, le bourreau interrogeait ainsi Dustin Hoffman
"C'est dangereux...?"
"Non, c'est sans risque"
Bzzzzzzzzzzzzzz *gros coup de fraise en plein sur l'incisive*
"C'est dangereux...?"
"Oui, c'est super dangereux"
Bzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz *re gros coup de fraise*
Je me rappelais, encore enfant, le gros dentiste au gros blaze se pencher sur moi avec son crochet "Si j'appuie là , ça fait mal? Et LA? Ah oui, hein, ça fait mal..." Il etait plus civilisé après, il avait de micro boules de coton avec du mega froid dessus.
Je connais tous les appareils du doc, notament le genre de gros seche cheveux avec de la lumière bleue au bout (parait que ça aide la colle à sécher vite zef) et j'ai le permis pour piloter le "crachoir" et tous les boutons pour mettre de l'eau et des pastilles roses dans le gobelet!!! ouaiiiiiiiiis
Hospitalisée en HP, j'eu un big abces qui s'est formé en environ dix heures sur la fameuse prémo, enfin, la gencive. Ca faisait mal!!! La docteur m'a regardé la bouche et bon, elle ne savait trop que faire - quel antibio prescrire, ytoussa. J'ai eu donc des antalgiques et des antiinflammatoires costauds qui me pétaient la tête encore plus que les neuroleptiques. Mais, dans la nuit, c'est à dire à 21h apres les gouttes du soir... Pof, l'abces se perce, spontanément (je sais c'est dégueulasse) Je crache bien, comme herr doktor m'a appris, puis je trottine au brureau des infirmiers demander de l'hextril pour laver tout ça.
Le lendemain, la docteur regarde à nouveau. "Rholala, c'est vilain!!!" Bon, elle a appelé Herr Doktor, j'ai eu Ze antibiothérapie, et aussi les cachets pour la douleur dont je n'ai jamais su s'ils me faisaient du bien ou du mal. A vrai dire, j'en barbotais pour en filer à un pote toxico.
Ca et la Herrette Doktorette Lyonnaise qui m'avais mis un putain de coup de fraise en plein dans un nerf. Elle m'avait dit "Elle s'est dévitalisée toute seule... Oups, ah bé non!!!"
J'avais de grosses larmes qui coulaient le long des joues et je me suis sentie très abattue toute la journée, je me sentais vraiment grièvement maltraitée. Herr Doktor a entendre cette anecdote me dit "Ah, oui, il y a encore des dentistes qui font ça" (à croire que l'anesthésique local est en or liquide, ou quoi)
Bref, la science a ses limites, ma patience aussi, et ms dents ont une limite de longévité aussi, je crois bien. Peut-être que j'ai une forme rare et constitutionnelle de scorbut, je sais pas.
Bon, j'vais m'acheter un salad shooter pour préparer mes souplettes et mes bananes mixées et congelées (ça soulage)
Clou de girofle, c'est bien aussi, j'ai pécho le truc dans Marathon Man.
Et oui, putain, je les brosse, et je vous ongule!!!
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